• Pensée magique
Pensée magique

Pensée magique

Depuis l'enfance, la vie d'Augusten flirte avec des sommets tragi-comiques. De sa minute de gloire manquée dans un spot publicitaire pour la boisson Tang à la conviction terrible et ridicule d'avoir été adopté, ses premiers déboires ont tôt fait de le rendre alcoolique. Et lorsqu'il tourne le dos aux frasques d'antan, s'il rencontre l'amour et le succès, ce n'est certainement pas le fruit du hasard. Non, rien n'est fortuit. Il y a tant de choses qu'Augusten contrôle par la seule force de son esprit... Avec un humour acide teinté de tendresse, Augusten Burroughs se met en scène dans une série d'aventures aussi impossibles que vraies. Loin de tracer un destin d'exception, il éclaire d'un jour loufoque des secrets parfaitement universels et se moque de nous autant que de lui-même. Aussi terrifiant de réalisme qu'hilarant. Né en 1965, Augusten Burroughs vit entre le Massachusetts et New York. Pensée magique est son troisième roman, après Courir avec des ciseaux et Déboire. Adulé outre-Atlantique, il s'impose comme l'une des voix américaines les plus acérées, dérangées et talentueuses. Extrait du livre : Pause publicitaire J'avais sept ans quand je fus arraché à ma paisible vie au fin fond du Massachusetts et plongé dans une pub pour la marque Tang et ses boissons instantanées. Cela tenait pour moi d'un enlèvement par des extraterrestres, mais sans la sonde anale. J'étais un gamin solitaire, entouré d'amis parfaitement imaginaires. Je jouais avec les arbres. Et puis, un jour, en plein cours de calligraphie, un fourgon blanc s'arrêta devant notre petite école grise, et il en descendit les hommes de Tang. Mon école primaire coiffait une douce butte verte au centre de Shutesbury, petite ville de la Nouvelle-Angleterre, si petite en vérité qu'on avait l'impression de vivre sous un de ces globes floconnant de neige qu'on trouve dans les boutiques de souvenirs. Les boîtes aux lettres, à la poste, étaient en cuivre et verre gravé. Il y avait une église avec de solides bancs d'acajou et un orgue. Dans un coin de la grand-place, une minuscule librairie rouge vendait des bouquins sur les piafs du pays et les mulots. C'était horriblement vieillot. Bien entendu, mon école était l'ancre de cette saine et idyllique communauté. C'était une bâtisse grisâtre de deux étages avec des volets aux fenêtres et un toit de bardeaux coiffé d'un clocher, dont la cloche tintinnabulait. La porte était rouge vif. Il y avait deux pommiers de chaque côté. Le terrain de jeux comprenait un bac à sable, deux balançoires et une partie bitumée quadrillée en marelle. Maintenant que je suis une grande personne et que j'ai pas mal gâché ma vie comme publicitaire, je peux facilement imaginer la conversation que provoqua sûrement la vision de notre école parmi les passagers du fourgon. «Cronkite cuisinait le type, posant les questions qui font mal, d'accord ? Puis ils sont revenus sur Nixon et, oh, la la, vous auriez dû voir sa gueule, c'était comme... - Bon Dieu, Mitch, vise un peu ça ! - Hein ? Oh, nom de Dieu. Arrête-toi ! Arrête-toi ! - Dis donc, il y a même une cloche là-haut ! - J'adore ces arbres. Mais ça serait pas des pommiers ? Ouais, c'en est. Le client n'aimera pas ça du tout. Les pommes ça colle pas avec le goût d'orange. - On n'aura qu'à les abattre et mettre deux petits érables à la place. Quelle différence ça peut faire, tu peux me le dire ? - Tu sais, on ne pourrait jamais dresser un décor aussi parfait à Burbank. Non, on ne pourrait pas. Cette école fait tellement Nouvelle-Angleterre. On a tapé dans le mille, les mecs. J'crois bien que ce soir, on aura mérité quelques martinis bien tassés.» Voir la suite

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  • Heloise Ormesson

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