• Quelles frontières pour l'Europe ?
Quelles frontières pour l'Europe ?

Quelles frontières pour l'Europe ?

«CE LIVRE N'EST PAS UN LIVRE DE PLUS sur la frontière. Ni livre de géographe, ni livre d'historien, il ne se veut pas da vantage une tentative de récapituler la longue suite de conflits, tiraillements, guerres, qui sont indissociables de l'idée de frontière. Ce n'est pas un livre d'expert, ni une somme pour public averti. C'est un essai, né du vécu, des réflexions et des interrogations qui sont celles de citoyens de notre temps sur l'un des concepts qui dominent notre époque. Ce qui nous intéresse ici est la frontière vécue, la frontière qui dresse ses murailles en nous... Comment a-t-elle modelé nos existences ? Comment cette notion qui est l'abstraction même, ligne intangible, tracé invisible, arrive-t-elle à prendre possession de nos vies, jusqu'à en déterminer le cours, infléchir le destin.» À partir de son expérience personnelle, Salomé Zourabichvili dénonce le manque de courage d'une Europe qui n'arrive pas à définir ses limites et son identité. Pour elle, l'Europe ne peut plus esquiver la question des frontières sans risquer de connaître de grands conflits et de voir son avenir menacé. Salomé Zourabichvili, diplomate française, a été également ministre des Affaires étrangères de Géorgie de mars 2004 à octobre 2005.Elle vit aujourd'hui entre Paris et Tbilissi où elle incarne, pour de nombreux Géorgiens un nouvel espoir politique. En 2006 elle a publié un livre de témoignage. Une femme pour deux pays, chez Grasset. Extrait du livre : Ce livre n'est pas un livre de plus sur la frontière. Ni livre de géographe, ni livre d'historien, il ne se veut pas davantage une tentative de récapituler la longue suite de conflits, tiraillements, guerres, qui sont indissociables de l'idée de frontière. Ce n'est pas un livre d'expert, ni une somme pour public averti. C'est un essai, né du vécu, des réflexions et des interrogations qui sont celles de citoyens de notre temps sur l'un des concepts qui dominent notre époque. Que l'on se contente d'ouvrir une revue, un journal, un quotidien, et chacun peut se convaincre, ne serait-ce qu'au nombre de fois où ce terme est employé, que la frontière reste au centre de bien de nos problèmes. 250 millions d'entrées uniquement sur le moteur de recherche Google pour les termes «frontière» et «border»... Ce qui nous intéresse ici est la frontière vécue, la frontière qui dresse ses murailles en nous... Comment a-t-elle modelé nos existences ? Comment cette notion qui est l'abstraction même, ligne intangible, tracé invisible, arrive-t-elle à prendre possession de nos vies, jusqu'à en déterminer le cours, infléchir le destin... quand elle ne devient pas la cause directe ou indi­recte de l'interruption du fil, de la mort elle-même ? Il a pu y avoir des périodes dans l'histoire - mais peut-être n'est-ce qu'une illusion - où nos ancêtres, une vie durant, pouvaient ne connaître d'autre frontière que celle séparant deux villages. Leur frontière et l'horizon d'une vie ne faisaient qu'un. Seuls quelques aventuriers, marins, commerçants ou guerriers, tentaient la grande aventure et s'en allaient découvrir jusqu'où cette ligne d'horizon pouvait être repoussée. Cette ligne d'horizon était d'abord celle de leur audace, la mesure de leur curiosité pour le monde inconnu de l'au-delà. Pour ma part, aussi loin que remontent mes souvenirs d'enfant née dans une famille d'émigrés ou d'immigrés -je n'ai dans le fond jamais su laquelle de ces appellations correspondait le mieux à mon état -, j'ai su intuitivement, mais sans en comprendre vraiment toutes les implications, qu'il existait quelque chose d'indéfinissable, que l'on ne pouvait ni toucher, ni sentir, qui ne faisait pas mal, mais pas de bien non plus, qui avait une existence propre et qui s'appelait une frontière. C'est cette frontière que mes parents dotés d'un passeport de réfugié politique n'avaient pas le droit de franchir, sauf à leurs risques et périls et munis d'un «sauf-conduit», terme peu compréhensible mais chargé d'une secrète signification. Et ces périls -compte tenu de ce que j'entendais dans les réflexions qui parvenaient jusqu'à mes oreilles d'enfant - étaient grands. J'entendais aussi raconter, et ces aventures me paraissaient hautement romanesques, le tragique périple de ces jeunes émigrés qui avaient été parachutés de l'autre côté de la frontière turco-géorgienne pour préparer la libération du pays, mais qui avaient été saisis à leur atterrissage par la police poli­tique et exécutés. Je savais aussi que certains avaient, pour quitter cette Géorgie déjà soviétisée, franchi la frontière à pied, par les sentiers de montagne, pour rejoindre la liberté, la Turquie et, de là, l'Europe. Extrait de l'introduction Voir la suite

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