• 249 Faubourg Saint-Antoine
249 Faubourg Saint-Antoine

249 Faubourg Saint-Antoine

249, faubourg Saint-Antoine est le livre d'une maison et d'une famille au temps où ce faubourg avait une âme, celle des gens du bois, des descendants de Boulle, de Riesener, de Jacob. Ces pages arrachées à un passé déjà bien estompé - le récit débute en 1914 - ne sont pas des mémoires. Le «je» est certes un peu moi mais aussi un autre, plutôt des autres. Et si Jean-Baptiste Benoist, la plus «fine lame» des sculpteurs sur bois, collectionneur fantasque, chef de famille et mari exemplaire, ressemble à Jean-Baptiste Diwo, mon père, il reste un personnage largement imaginaire, comme les autres acteurs de cette comédie parisienne. Car à travers eux, j'ai souhaité retrouver l'atmosphère si particulière de mon enfance, les copeaux, le bruit de la varlope et l'odeur de la colle d'un quartier aujourd'hui disparu. J. D. Extrait du livre : Roland Garros La fin de la guerre ayant sonné le réveil du quartier, les gens du faubourg qui avaient sauvé leur peau montraient le bout du nez à la porte des ateliers endormis depuis quatre années. C'est qu'il y avait belle lurette qu'on n'avait construit un beau meuble dans le faubourg ! Les hommes du bois avaient été mobilisés et, d'ailleurs, qui aurait songé durant le conflit à changer sa salle à manger ? Les ébénistes, les menuisiers en sièges, les sculpteurs trop vieux pour être envoyés au massacre avaient bricolé çà et là pour gagner un peu d'argent. Certains avaient eu la chance de trouver une place dans les usines qui travaillaient pour l'armement, en particulier celles qui fabriquaient les avions devenus pour les combats des auxiliaires essentiels. Mon père m'emmena alors souvent faire avec lui le «tour du faubourg». C'était avant tout, je l'ai compris plus tard, pour voir qui était rentré et qui était resté, avec sa croix de bois, en Argonne ou au chemin des Dames. Les rescapés l'accueillaient avec joie et émotion : - Ah Jean-Baptiste ! Tu t'en es tiré, toi aussi ! Tous, disséminés dans les ruelles, les cours et les passages, remettaient de l'ordre dans l'atelier, royaume abandonné, presque oublié dans la boue des tranchées. Partout, de la rue de Reuilly au passage de la Main-d'Or, de l'impasse de la Bonne-Graine à la rue de Montreuil, on raccrochait au mur les scies à refendre, on ouvrait les caisses où avaient été rangés les ciseaux, les gouges, les varlopes et les rifloirs. On affûtait les lames sur la pierre à huile pour leur rendre le tranchant qui leur permettrait bientôt de tailler d'un coup sec de maillet les premières mortaises. Chez Georges Branquet, un grand maigre aux traits fatigués qui avait été apprenti avec lui, le père eut la larme à l'oeil en le découvrant aligner ses gouges sur l'établi avec une main droite à laquelle il manquait trois doigts. Voir la suite

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  • J'ai Lu

  • J'ai Lu, numéro 8464