• Les champs cannibales
Les champs cannibales

Les champs cannibales

Réfugié à l'Ouest, loin de la guerre civile, la princesse Olga, figure de la jet-set, est l'égérie des plus grandes marq ues de luxe. Mais la révolution n'admet pas de trêve. Lorsque lui parviennent les rumeurs d'une famine provoquée pour briser la résistance paysanne à la collectivisation, l'ex-impératrice, révoltée, décide de sensibiliser l'opinion internationale. Des millions de civils sont menaces, elle doit sauver son peuple. Son amie Tatyana Duchesne, intrépide reporter, accepte de partir mener l'enquête. Tandis que la machine médiatique s'emballe, les jeunes femmes se heurtent l'impitoyable commissaire Marlov et à son acolyte, la danseuse étoile Lilia Lilifieva dont la présence inquiétante plane sur de noirs complots. Né en 1961, spécialiste de la Russie, de l'Ukraine et de la Roumanie - en particulier de la première moitié du XXe siècle -, Roman Rijka est un passionné d'histoire militaire. Avec Les Champs cannibales, il poursuit sa lecture romancée de l'histoire de la Russie débutée avec Les Sept Trains de l'impératrice. Extrait du livre : ÉTOILE INVOLONTAIRE Le taxi glissait en chuintant sur la chaussée détrempée du boulevard Saint-Germain. Il pleuvait sans discontinuer depuis le début du mois d'août, un de ces étés gorgés d'eau dont Parzh avait le secret, comme si l'immense cité savait qu'elle n'était belle que la nuit, sous la pluie. Le chauffeur taciturne entraînait sa charge sans un mot, conduisant avec des gestes sûrs dans la cohue qui, même à une heure du matin, encombrait le grand boulevard. À l'arrière, la pas­sagère, une main posée sur la cuisse là où s'arrêtait sa jupe courte, l'autre sur la banquette, à quelques centimètres de son sac à main, laissait ses yeux bleus rebondir d'une vitrine éclairée à l'autre, d'une enseigne de cinéma à celle d'un restaurant branché, du scintillement cramoisi d'un feu rouge au reflet blanc des phares sur le trottoir. De temps à autre, sans jamais quitter du regard le spec­tacle de la palpitation nocturne dans les artères de la métropole occidentale, elle effaçait de deux doigts une goutte qui tentait l'aventure en sautant de ses cheveux mouillés jusqu'à sa joue. L'habitacle embaumait le pain d'épices. Un parfum chaud, rassurant, qui se mêlait délicieusement aux effluves presque marins de l'humidité nocturne. Sans doute le chauffeur fumait-il la pipe quand il était seul. L'odeur, gentiment enivrante, contribuait à la détacher des souvenirs collants de cette triste soirée. Pourquoi insistait-elle ? Elle savait qu'elle n'était pas faite pour ces mondanités, qu'elle ne l'avait jamais été. Laissant la rue du Bac sur sa gauche, le taxi poursuivit sur le boulevard. Le trajet n'était pas bien long, elle aurait pu prendre le dernier métro. Elle connaissait assez la ville pour ça. Encore un réflexe idiot acquis en un peu moins de dix ans. Voir la suite

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  • Heloise Ormesson

  • Litterature Francaise

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